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14/07/2025
𝐄𝐭 𝐬𝐢 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐯𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐛𝐫𝐞̀𝐜𝐡𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫𝐞́𝐢𝐧𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐧𝐬 ?
Mohamed Amine EL MOUATARIF
Il arrive un moment dans la vie des peuples comme dans celle des individus où les mots perdent leur poids, où les récits qui guidaient les pas s’effacent, fatigués, essoufflés... Nous sommes peut-être à ce point de bascule. 𝐋𝐚̀ 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝𝐞𝐬 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞𝐬, 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐢𝐞̀𝐜𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞́𝐬, 𝐬’𝐞𝐟𝐟𝐨𝐧𝐝𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐨𝐮 𝐬’𝐚𝐯𝐢𝐥𝐢𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭, 𝐫𝐨𝐧𝐠𝐞́𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐲𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐨𝐮 𝐩𝐚𝐫 𝐥’𝐚𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭. Là où les promesses de liberté, de progrès ou de justice semblent n’être que slogans recyclés dans les discours de ceux qui servent autre chose : des intérêts, des marchés, des empires sans visage.
À l’échelle du monde, cela se traduit par une brutalité assumée. Trump n’a rien inventé : il a simplement mis à nu ce que beaucoup cachaient sous des habits diplomatiques. 𝐋’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞, 𝐥’𝐡𝐮𝐦𝐚𝐧𝐢𝐭𝐞́ 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐮̂𝐭, 𝐥𝐚 𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐬𝐨𝐮𝐫𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐢𝐪𝐮𝐢𝐝𝐞𝐫. 𝐋𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐠𝐞́𝐫𝐞́𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐚𝐬𝐬𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐨𝐮 𝐚̀ 𝐬𝐞́𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞, 𝐬𝐞𝐥𝐨𝐧 𝐥𝐞𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬.
Le Maroc, n’échappe pas à cette logique glaciale. 𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐯𝐢𝐯𝐨𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐞́𝐩𝐨𝐪𝐮𝐞 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐭𝐫𝐨𝐧𝐬 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐧𝐭, 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞́𝐠𝐢𝐟𝐞̀𝐫𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚𝐬𝐪𝐮𝐞, 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐥𝐢𝐭𝐬 𝐝’𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐫𝐞̂𝐭𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞. Ce n’est plus une dérive, c’est une doctrine officieuse. On ne gouverne plus pour, mais depuis. Ceux qui possèdent décident. Et ceux qui espèrent n’ont plus d’espace pour croire.
Mais dans cette nuit politique, il y a des braises. Des mains qui plantent, qui réparent, qui relient. Ce ne sont pas des révolutions. Ce sont des veilles. Des gestes minuscules qui disent : "le monde peut être autre". Que l’on peut vivre sans écraser. Produire sans détruire. Diriger sans dominer.
C’est là que le 𝐁𝐮𝐞𝐧 𝐕𝐢𝐯𝐢𝐫 nous inspire. Ce mot venu des Andes ne parle pas de confort, mais d’équilibre. Il ne promet pas la réussite individuelle, mais la dignité partagée. C’est un art de vivre en lien : avec les autres, avec le vivant, avec le temps. Une sagesse qui nous rappelle que l’être précède l’avoir. Que l’arbre n’est pas là pour être coupé, mais pour offrir ombre, mémoire et silence.
Et si nous écoutions cela ? Non pas pour importer un modèle, mais pour réveiller ce que nous avons déjà. Car le Buen Vivir ressemble à nos propres racines. C’est ce que nos grands-mères disaient sans le nommer en gardant la porte ouverte "𝑎𝑢𝑥 𝑎̂𝑚𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑎𝑔𝑒".
Alors non, nous ne devons pas revenir à une idéologie figée. Mais nous avons besoin d’un récit. D’une direction. D’un souffle. Une invitation à marcher ensemble, autrement... C’est peut-être cela qu’il nous faut : un cœur assez vaste pour accueillir les différences, une politique assez humble pour écouter la vie, une société assez lucide pour choisir le vivant plutôt que le pouvoir.
Comme l’écrivait Ibn ‘Arabi, ce mystique andalou dont les mots traversent les siècles :
قد صار قلبي قابلاً كلَّ صورة
فمرعى لغزلانٍ وديرٌ لرهبانِ
وبيتٌ لأوثانٍ وكعبةُ طائفٍ
وألواحُ توراةٍ ومصحفُ قرآنِ
أدين بدين الحبِّ أنَّى توجَّهت
ركائبه فالحبُّ ديني وإيماني
Le rôle de l'intellectuel "de gauche" dans le Maroc actuel......................
Dans le Maroc actuel, l’intellectuel, le démocrate, le progressiste, et le militant de gauche sont souvent pris au piège d’une désillusion profonde. Ils rêvent, peut-être avec une pointe de naïveté, d’un Maroc où chaque citoyen s’impliquerait pleinement dans la gestion des affaires publiques, où les biens communs seraient préservés, et où les droits politiques et socio-économiques seraient défendus avec vigueur. Une société où les libertés, individuelles et collectives, seraient non seulement respectées mais aussi réalisées.
Pourtant, ces aspirations se heurtent à la dure réalité. Dans ce monde en perpétuelle mutation, les intellectuels marocains se trouvent face à un paysage où les bouleversements économiques locaux se mêlent aux tumultes d’une géopolitique mondiale féroce. Loin de devenir le citoyen éclairé tant espéré, l’individu moderne se retrouve à la croisée des chemins, à la fois esclave et maître d’un capitalisme omniprésent. Ce capitalisme, comme une ombre menaçante, étouffe la critique, étouffe l’esprit, et menace de nous dépouiller de notre humanité, nous laissant dériver sans boussole dans un XXIe siècle incertain.
Dans ce chaos, l’intellectuel marocain doit faire un examen de conscience. Il est temps de reconnaître que les approches héritées du passé, souvent plus émotionnelles que rationnelles, sont désormais obsolètes. Il est temps d’intégrer la complexité du monde moderne dans leur réflexion, de prendre en compte les multiples échelles et enjeux qui façonnent notre réalité actuelle.
Le véritable combat aujourd’hui ne se limite plus à un duel entre forces obscurantistes et une monarchie conservatrice attachée au statu quo. Non, la lutte s’élargit à un front plus vaste : celui contre un capitalisme insidieux qui promeut la médiocrité, divise la société, et tue la pensée critique à petit feu. Ce capitalisme menace de réduire l’intellectuel à un simple rouage dans une machine déshumanisante, le privant de toute aspiration collective et de tout engagement envers les autres.
Pour Gramsci, l’intellectuel n’est pas un simple faiseur d’idées abstraites. Il est un acteur engagé, un bâtisseur de ponts, un créateur d’alliances. Dans le Maroc d’aujourd’hui, ce rôle est plus crucial que jamais. L’intellectuel doit abandonner le confort du commentaire pour embrasser la lutte pour l’hégémonie culturelle, pour la direction morale et intellectuelle de la société.
Il ne suffit plus de dénoncer les injustices ou de rêver à des utopies. L’intellectuel doit devenir un "organisateur" gramscien, capable de fédérer les forces progressistes, d’éveiller une conscience critique chez les citoyens, et de proposer des alternatives concrètes aux systèmes oppressifs.
Et si l’on ajoute à cela le culte du scientisme, nous sommes confrontés à un autre piège, celui du réductionnisme. Le scientisme, en érigeant la science en unique source de vérité, écrase les dimensions éthiques, culturelles, et spirituelles de notre existence. Il réduit la richesse du monde à des chiffres, des données, des modèles.
Face à cette double menace – capitalisme déshumanisant et scientisme aveugle – l’intellectuel doit naviguer avec prudence. Il doit redonner à la science sa juste place, celle d’un outil parmi d’autres, au service de l’humanité. Il doit réaffirmer l’importance d’une approche globale, qui interroge le monde sous tous ses angles, qui dialogue avec l’éthique, la culture, et le social.
L’intellectuel doit devenir le gardien de cette pluralité, veillant à ce que le progrès scientifique ne se fasse jamais au détriment de l’éthique, de la culture, et de la liberté humaine. En bref, il doit être la voix qui rappelle, sans cesse, que l’humain doit rester au cœur de nos débats, au cœur de nos sociétés.
Mohamed Amine EL Mouatarif
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