Afrique FOCUS Magazine
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Ainsi, Tanor Dieng achève Khalifa Sall
Force est de reconnaitre que Tanor Dieng a gagné à l’issue de l’ardente épreuve qui l’a opposé à Khalifa Sall. C’est pour le contrôle de leur formation politique que toutes les attaques, sur fond fallacieux d’objection et d’accord à la mouvance présidentielle, ont été livrées. Tanor Dieng, le nouveau président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) compte sur sa proximité avec le pouvoir pour apaiser ses affidés et asphyxier ses adversaires. Il a dorénavant la liberté et la capacité de camper le Parti Socialiste, non pas en instrument de conquête du pouvoir, mais en allié tout court. Il y va de sa propre survie politique au détriment de la raison d’être de son organisation mythique.
Au théâtre ce soir, deux actes qui viennent successivement présenter les scènes de la fin tragique du bras de fer entre les deux acteurs : la consécration du patron socialiste à la tête du HCCT et la résolution en faveur d’une coalition pour les prochaines législatives. Dans les deux cas, c’est le parti qui entérine sa subordination au pouvoir en place. Il joint et scelle son destin à l’avenir de son allié de président, Macky Sall. Khalifa Sall a perdu dans sa tentative valorisante de s’accaparer de l’appareil pour se téléporter directement au palais. Il est courageux, mais lucide. Il avait compris qu’avec le PS, il pouvait faire l’économie d’un décollage beaucoup trop risqué; il pouvait miser sur une mécanique déjà rodée et huilée.
Puisqu’il est question de mainmise sur une structure, sur le devenir du parti, tout support externe est d’effet négligeable a priori. Pour justifier ses amitiés renouvelées avec le chef de l’État, le camp de Tanor Dieng s’est appuyé sur l’approbation chargée des militants : 91% ont voté en faveur du maintien du PS dans la coalition Benno Bok Yaakar. 6,33% seulement ont opté pour que le PS aille seul aux prochaines législatives. Dès lors, les observateurs et les pathétiques sympathisants du maire de Dakar peuvent grimper aux rideaux si ça peut les réconforter ou les relaxer, mais le mot d’ordre décisif et la brute expression des militants l’ont déjà coulé dans le béton.
Macky Sall, lorsqu’il était candidat à la présidentielle, avait dit : « on gagne ensemble, on gouverne ensemble ». À présent, Tanor Dieng semble ajouter : « On va mourir ensemble ». La réalité est qu’il n’a plus rien à perdre, lui. Il était déjà agonisant politiquement. Mais là, en engageant le PS dans ses soubresauts de décadent, il le condamne, le précipite dans la géhenne des prosaïques proxénètes politiques. Plus rien à espérer, le Parti Socialiste a fait son choix, il ne survivra pas à son chef à moins que Khalifa et ses affidés jouent la carte des soumis contre mauvaise fortune bon cœur. Ainsi, ils peuvent, à tout le moins, sauver les meubles en s’improvisant acculés et obligés. Les distants mouvements de soutien n’y feront rien du tout. Ça se joue surtout dans les cercles restreints des comités, des coordinations et du congrès.
Qui de Tanor Dieng ou de Khalifa Sall aura raison de se morfondre dans la mouvance présidentielle ou de se braquer contre la facilité? C’est une autre histoire. C’est celui qui, en nourrissant appétence légitime, a su ménager les intérêts du parti et de ses attraits. Tanor a remporté la victoire dans le combat qui l’a opposé jusque-là à son dauphin. Contre vents et marées, le Parti Socialiste s’est résolument tourné vers la jonction d’une union de destin avec l’Alliance pour la République. Khalifa Sall a voulu consacrer la différence et le changement dans les formations politiques sénégalaises, aspiration des platoniques progressistes. Il n y est pas parvenu. Le rideau vient de tomber au milieu des romantiques délires matés par le coup cynique de Tanor, le formaliste.
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