CTAH-Recherche
18/05/2024
Le cas de Mlle M.
Partie 2
Ces allers-retours entre ces moments d’extrême joie et de profonde tristesse ont animé mes années de collège et du Lycée
A cette époque je ne pense pas que les gens ont remarqué mes périodes plus basses. J'avais très peur que mon image de petite fille souriante soit entachée. Alors j'ai comme souvenir que je prenais consentement sur moi devant les autres quand les choses se dégradées de mon côté. J'ai toujours eu peur de parler de ces variations auxquelles j'étais sujet. C’était tellement fluant, tellement intense, très sombre parfois, même démesuré par moments et aussi très paradoxale dans les émotions ressenties, que j'avais peur que les autres me prennent pour une f***e d'être une « malade mentale ». J'avais ce sentiment d'avoir « un problème » et que ça dysfonctionnait à certains endroits.
Ensuite sont arrivées les années de lycée. Ce même fonctionnement a persisté et c'est intensifié. Je passais plus facilement d'un extrême à l'autre et j'avais surtout de moins en moins la force de faire semblant que tout allait bien. Un simple aléas pouvait faire tout basculer et je me retrouvé face à un grand vide et ce seul besoin de mourir. Au summum de mon mal être c'était comme l'issu la plus agréable à envisagée. C'est alors que les mutilations, l'alcool, le tabac et la drogue étaient présent presque systématiquement dans mes périodes très sombres. Je ressens le besoin de consommer ces produits, pour pouvoir inhiber ce que je ressens. Au contraire, quand je ressortais de ce « passage de déprime », une euphorie sans limite et une énergie débordante m'envahissait. Je ne m’arrêtais plus, entre le sport, la fête et les projets de vie. Mes compagnons pendant ces périodes ont souvent pu me dire « qu'ils n'arrivaient pas à suivre mon rythme ». J'étais à mile à l'heure.
*J'ai eu beaucoup de phase très joyeuses suivis d'une inévitable phase plus basse. Ce n'est qu'avec le recul que je me rend compte de ces changements de phase et de l'intensité avec laquelle ces changements se font. Quand je sens que mon humeur remonte, c'est comme si un voile se dégagé. Je sens que les choses se dénouent. J'ai les idées qui fusent, j'ai des idées de grandeurs. des projets pleins la tête, une agitation s'installe et je me sens speed et très irritable aussi. C'est comme si je n'avais jamais étais fatiguée. Que d'un coup un shoot d'adrénaline m'avait était injecté en intraveineuse. Je ne dors plus que 2h par nuit. Mais cela me suffis, alors que je penses sincèrement avoir besoin de beaucoup de sommeil. Alors, je lance la machine, je ne m'arrête plus. J'ai besoin de plus de sensations, j'ai besoin de nouveautés tout de suite. Je me lace très vite et il faut qu'il y ai encore plus de plus. Comme si je devais monter encore plus haut pour que les sensations soient proportionnel à mon besoin du moment. Il met dur de rester dans un projet, j'ai besoin de changements radicaux. Je me passionne vite pour tout et rien. Cela dure quelques jours, puis voilà autres choses. Je m’engage dans des clubs de sports ou des associations, puis du jour au lendemain je n'y vais plus. J'ai aussi de mon côté beaucoup de projet et de bonne volonté. Mais je divague très vite, ne parviens souvent pas à aller au bout de ce projet. Je change constamment d'avis et peux aussi parfois avoir des discours contradictoires auquel néanmoins je crois sur le moment.
Au fond de moi je commence à me rendre compte que lorsque que je m’arrête, lorsque la machine à pris trop de vitesse, je fonce comme dans un mur au bout d'une semaine, ou de quelques jours,...
*Puis tout redescend. Je m'isole. J'essaie de faire semblant que ça va, mais je suis épuisée. J'annule tout ce que j'ai prévu. Puis dans les moments où je retombe très bas, je suis comme dans un gouffre ou je ne vois plus de lumière. Plus rien n'a de sens. Je veux tout plaquer. Parfois je plaque tout (ne donne plus de nouvelles, je ne vais plus à mes rdv, je pars de mes clubs, j'annule tous mes projets, je veux changer de travail et de toute manière je n'ai plus la force d'y aller, je repousse les gens car je ne vois pas comment leur expliquer ce qu'il se passe car même moi je suis dépassée..). Dans mes « bad mood », je ne fais plus de sport, je suis désorganisée, je n'ai plus de rythme, je ne veux voir plus personnes mais paradoxalement j'ai besoin de voir différents partenaires sexuels, je me sens partout et nul part à la fois. Il suffit d'un rien, d'un mot, d'un silence, d'un imprévu et tout chavire. Je me retrouve dans un chaos ou je ne vois plus les issues et d'un coup, c'est comme si je perdais tout goût de la vie. J'ai « envie de ne plus exister » ou « de mourir ». Ma propre existence m'est insupportable parfois. Je me sens très seule mais je rejette les personnes qui se montre là pour moi. Je n'ai plus goût à rien, mais pour autant je mange beaucoup et parfois plus du tout. Et quand tout s'arrête je tombe dans une sorte de « déprime ». Je me trouve hypersensible, parfois très susceptible, j'agis beaucoup sur le coup de l’impulsivité sans me questionner sur les conséquences, je sens que j'ai du mal à réguler mes émotions et elles s'expriment souvent par les extrême (très grosse colère ou forte tristesse) et peuvent prendre formes à n'importe quelle moment et changer très rapidement dans un même contexte. Je me sens seule, épuisée et vidée.
Ma perception des événement et l’interprétation que j'en fait varie du tout au tout et cela de manière très courante. Épuisée d'être dans un extrême à l'autre, de passer du rire aux larmes, de ne pas être comprise, de faire de très grosses crises de colère que je ne parviens pas à contrôler, de ne pas réussir à me canaliser quand un petit rien se passe. J'ai l’impression d'être éclatée en plein de morceaux. Je suis comme un yoyo qui fait consentement des allers retours entre le haut et le bas, mais je ne contrôle rien, les choses arrivent comme elles viennent, je ne calcule rien et je ne peux rien systématiser car c'est tout le temps différent d'une situation à l'autre.
J'épuise les gens qui m'entoure car il ne me comprennent pas, ne comprennent pas que d'un coup tout ce qui allait très bien ne va finalement plus. Mes proches parlent « d’inconsistance ». Ils n'arrivent pas à me suivre. J'ai envie de rester dans ces moments où je suis débordante d'énergie, je me sens si bien, mais maintenant j'ai l'impression que plus je m'active plus derrière cela me fatigue. Souvent mes proches me disent qu'ils prennent des pincettes pour parler ou agir avec moi, car ils ne savent pas comment me prendre, comment m'aborder ou mes dire certaines choses car ils ont peur de comment je vais réagir.
Avez-vous plus de précisions sur le diagnostic ? S’agit-il d’un tempérament ou trouble cyclothy-mique ?
Ps = ce post transcrit in texto l’écrit de Mlle M. qu’elle a apporté le premier jour de sa consultation au CTAH
L’image de ce post est extraite de la BD de Lou Lubie « Goupil ou Face » - un excellent livre
d’illustration de la cyclothymie
https://pourquoipasautrement.wordpress.com/2017/10/31/bordertruc-et-cyclomachin-errance-diagnostique-3e-volet/
17/05/2024
Le cas de Mlle M.
Partie 1
Souffrance depuis l’âge de 11 ans et toujours à la recherche de l’identité de mon trouble
Mlle M. consulte cette semaine le CTAH. Elle a 21 ans
Cela fait maintenant 2 ans que je cherche un psychiatre pour avoir un suivi et être aidée. Je suis à la recherche d'un suivi qui pourra m'aider à poser un diagnostic ou justement à évincer un diagnostic.
J'ai l'impression que j'ai des « changements plutôt extrêmes d'humeurs » et cela m'épuise. Il n'y a pas de régularité, ni de stabilité dans ces changements. Je constate simplement que mon humeur varie très vite d'un extrême à l'autre dans une même journée (l'élément déclencheur est pour la majeur partie du temps un événement peu grave après avoir pris du recul) et je sens que ça me demande de l’énergie de passer dans ces états.
-Je me sens dépassée par certains événements et certaines de mes réactions. Souvent j'ai comme l'impression de ne plus rien contrôler, je me sens en dissociation avec mon corps et mon esprit.
-Je peux faire des très grosses crises de colères et le regretter juste après et ne plus du tout avoir de colère, dire d'une personnes que je l'aime et juste après dire que c'est la pire des personnes.
-Faire des dépenses qui me mettent dans des situations compliquées mais sur le moment je me raisonne et trouve toujours une bonne raison à ces dépenses (par exemple je me dis que j'ai besoin de changer toute ma garde-robe pour me sentir être une personne nouvelle, signe d'un renouveau qui me ferra rebondir, cela arrive plutôt quand je ne vais pas bien et qu'il faille que je remplisse un vide).
-La plus part du temps je m'investis avec une motivation sans limite dans pleins de projets à la fois, je me trouve des nouvelles passions et puis j'abandonne du jour au lendemain et de nouveaux projets m'animent. Je n'arrive pas à tenir un cap que ce soit dans des clubs de sport ou autre.
-Je dis tout et son contraire, je suis souvent très agitée, irritable, impatiente, joviale et parfois j'ai parfois un débit de parole qui ne cesse. Je m'ennuie très vite dans une conversation et j'ai du mal à tenir le fil, je divague très souvent, je m'intéresse à des personne et je me désintéresse aussi vite. J'ai un peu ce sentiment d'être d'un coup tout et la minute d'après plus rien. Ces états font souvent surface en une même journée, parfois je ressens différentes émotion s en même temps (joie et irritabilité, agitation et extrême fatigue..) et je suis souvent épuisée et très énergique dans une même journée.
-J'ai une forte sensation de vide qui fait irruption de manière hasardeuse et qui alimente en moi des envies suicidaires de plus en plus accrues au quotidien.
-D'une semaine à l'autre je peux dormir très peu car animée par une hyperactivité débordante (j'ai les idées qui fusent), je ne ressens aucune fatigue mais à cela s’ensuit une fatigue soudaine, accablante. Je ne fais que dormir et je m'isole du reste du monde, j'annule tous mes plans et ne veux voir personnes. Je n'ai alors plus le goût à rien, souvent j'en arrive à la conclusion que mourir serait ma dernière option, car être dans cet état de noirceur me met dans une réelle détresse.
-Lorsque on me demande comment s'est passée ma journée, je suis dans l'incapacité de lui raconter tellement d'émotions m'ont traversée au cour de la journée et tellement d'état mon traversés. J'ai comme l'impression de vivre plusieurs journées en une. Je dis souvent « ça dépend a quel moment de ma journée ». Ma psychiatre m'a dit qu'il fallait qu'on arrive à travailler ensemble pour qu'une stabilité s'installe et que je n'ai plus à dire « ça dépend ».
-J'ai constaté que j'ai de plus en plus de mal à retenir ce qu'on me dit, ce que je dis et ce que j'ai fait ? J'ai oubliée des grosses périodes de ma vie et je ne me rappelle plus les discussions récentes que j'ai pu avoir avec des personnes et je me retrouve à réinventer des faits et à en être persuadée. Ça met très difficile de distinguer le vrai du faux et cela me pose des problèmes relationnelle et personnelle. Je n'arriverai pas à faire une corrélation entre le traitement et le début de ces « amnésies partielles ». Mais je crois que ce sont des choses qui ont fait leur apparitions au collège, mais il y a eu une intensité de ce phénomène depuis peu.
-J'ai souvent eu ce sentiment de ne pas être légitime de parler de mes moments de déprimes. Aux moments les plus bas, je n'arrive pas à ressortir la tête de l'eau, je suis sous l'emprise d'envies très sombre. Et parfois dans cette même période, tout vas bien , sans qu'il y ai de raison particulière, comme si j'avais un pic de bonheur. Je rayonne, je déborde d'énergie, j'en oublie même que je n'allais pas bien. D'un coup je me met dans une sorte de déni. Il y a tout d'un coup une petite voie qui me dit « mais tout va bien , tu n'as pas de problème, pourquoi aller voir un professionnel ? ». Alors on me voit mal, puis super bien. On a souvent pu me dire « à mais, tu vas bien en fait ».
-Je peux m'endormir avec un fort sentiment de bonheur et me réveiller avec l'envie de mourir.
-J’épuise les gens qui m’entoure, parce que je ne fais pas preuve de cohérence dans mes propos
-Je peux très vite m'emballer, ne pas me rendre compte des conséquences des choses que j’entreprends, on a souvent pu me dire j'étais « un peu extrême » dans mes manière de réagir, que j'étais trop optimiste dans la gestion de mon emploi du temps (trop de choses prévues dans un laps de temps restreint), que j'étais hyperactive, qu'on arrivait pas à me suivre.
-Souvent je fais des achats compulsifs et me retrouve à dépenser des sommes énormes alors que je n'en ai pas les moyens.
Dès le collège, j'ai senti que j'étais susceptible aux changements d'humeur très variable et plutôt extrêmes. A cette époque, je pouvais me sentir invincible et au centre de l'attention, avec une confiance en moi qui me donnée des ailes pour tout affronter. Mais souvent, après cette phase d’hyper sociabilisation, je vivais comme une sorte de chute libre qui me faisait descendre au plus bas. Phase où je ne voulais voir plus personnes, je rejeté tous mon entourage et le simple fait d’être en vie m'étais insupportable. Je ne penses pas en avoir eu conscience ces années-là, c'est maintenant avec le recul que je peux me rendre compte de cette dualité.
Avec ces éléments, avez-vous une idée sur la nature de son trouble ?
La suite à venir dans d’autres posts
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