AOC
05/06/2026
« Chez Satrapi, ce n’était pas les complications de la vie d’un européen ou d’un américain qui étaient en jeu, mais bien les questions, sous-jacentes partout dans son travail, sur l’exil, le déplacement, la nomadisation et la façon dont une histoire violente habite un auteur, et devient une œuvre. Comprendre les déplacements, mais exprimer aussi les peurs et tout leur éventail, depuis celles éprouvées dans le pays d’origine jusqu’à celles ressenties en terre d’accueil. Les peurs mais aussi la façon de se révolter, à travers ce que l’on porte et la façon de parler. Le langage, chez les personnages de Satrapi, est la première arme face à la violence.
Récit parallèle à ”Persepolis”, “Broderies” était ainsi construit autour des conversations de salon de la société iranienne : de quoi parle-t-on quand on parle de ragots, de chiffons, d’organisation de la maison ? De politique, de condition des femmes, de la façon de s’emparer du monde aussi, semblait raconter Satrapi. Avec les années, son travail de fiction semble correspondre de plus en plus avec celui, analytique d’Edward Said, voire avec celui, poétique, de Mahmoud Darwich : entre eux trois, se dessine comme une cartographie de l’exil, du chemin à parcourir, de l’éloignement et du deuil permanent de ce qui n’est jamais retrouvé, mais toujours espéré. »
✍️ Une de Joseph Ghosn.
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03/06/2026
« Pour comprendre l’appel que lance Feher, il nous faut repartir de la question de l’antisémitisme. Or il est deux manières critiques, largement prévalentes dans l’espace public, de se rapporter à l’antisémitisme, nous dit Feher dans Redevenir juif. Humaniste, antiraciste, la première refuse les dangereux stéréotypes judéophobes, tandis que la seconde, assimilationniste ou sioniste, soutient que les personnes juives peuvent rendre inopérantes les qualifications infamantes que ressassent les antisémites – cosmopolitisme, donc absence de racines, manque de loyauté envers la nation, parasitisme, etc. – en se territorialisant définitivement et complètement dans un État.
Aussi différentes soient-elles, ces deux positions s’accordent, selon Feher, à rejeter la “condition diasporique”. C’est pourtant celle-ci et son “éthique de l’exil” que les personnes juives doivent exprimer, soutient-il, pour “démoraliser les responsables” du déferlement de la “nouvelle peste brune”. »
✍️ Une de Frédéric Neyrat au sommaire de l'édition du jeudi 4 juin du quotidien d'idées AOC.
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