Aut'Chose
Aut'Chose, une icône du rock québécois depuis 1974 se reforme en 2004 avec les regrettés Lucien Francoeur et Jacques Racine, des membres de Voïvod, Grimskunk, Groovy Aardvark et Alex Crow. DISCOGRAPHIE
33 et CD:
• Prends une chance avec moé (1975)
• Une nuit comme une autre (1975)
• Le Cauchemar américain (1976)
• Chansons d'épouvante (2005)
• Chaud comme un jukebox (1977)
• Encore (1981)
• Chaud
04/17/2026
ENTRETIEN AVEC LE CLAVIÉRISTE JEAN-FRANÇOIS ST-GEORGES (mi-février '26)
Parmi les musiciens qui ont œuvré dans les années 70 avec Aut’Chose, le nom du claviériste Jean-François St-Georges n’est malheureusement pas celui que l’on prononce le plus souvent. Et pourtant, il s’avère un important pilier dans la construction des immenses cathédrales sonores de la formation à l’époque.
Jean-François se greffe au groupe après la sortie, le 14 février 1975, du 33 tours « Prends une chance avec moé ». Il consigne sa marque indélébile sur « Une nuit comme une autre », paru le 8 octobre 1975, et prend le crédit pour la composition « Une saison en enfer »). Sa présence absolue sur « Le Cauchemar américain », paru le 7 juillet 1976 (sur lequel compose-t-il avec Jacques Racine, « Beau bummage » et « Belle grande blanche »), s’avère la base même de cet album mythique.
Par courriel, il y a deux mois, j’ai lancé des questions à Jean-François afin de célébrer d’une certaine manière la superbe réédition dudit « Cauchemar ».
Avant de plonger, n’oubliez pas : l’album reparaît en couleur sur les tablettes des disquaires participants au Record Store day (et sans doute ailleurs le jour suivant), ce 18 avril 2026. L’album, comme les deux autres remixés (et Chansons d'épouvante remasterisé), est disponible sur la majorité des plateformes numériques, mais pas en DC.
ATTENTION : ** Tout extrait de ce texte doit être republié avec la citation obligatoire : © Ronald McGregor et Jean-François St-Georges. **
_____________________________
— Jean-François, quels souvenirs gardes-tu de l’enregistrement du « Cauchemar américain », au Studio Six, [1180, rue Saint-Antoine], dans le bas de la ville de Montréal ?
* Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de l’enregistrement lui-même. En fait, j’en garde davantage de l’album précédent, « Une nuit comme une autre ». Peut-être parce que c’était mon premier avec le groupe, ou encore parce que c’était dans le mythique Studio Perry, à Morin-Heights.
Ce dont je me souviens, c’est d’une semaine d’activité intense, de tôt le matin jusqu’à t**d le soir. On rentrait à la maison pour dormir quelques heures et on reprenait le lendemain. Sinon, pour le reste, ce ne sont que des flashes : quand on a fait les chœurs de « Hollywood en plywood », tout le monde ensemble avec les blondes, ou bien les heures à enregistrer les sons flyés sur les Mini-Moog, ce genre de trucs.
— Somme toute, après 50 ans, comment juges-tu ta performance sur cet album ? Quel âge avais-tu, en fait ?
* J’avais 20 ans. Ce que je peux en dire, c’est que je me suis beaucoup amusé. On avait une entière liberté dans la création et ça nous a permis de faire des choses qui ne se faisaient pas beaucoup à cette époque, du moins au Québec. Au niveau des claviers, il est difficile de nier une certaine influence classique mélangée avec du gros rock pur, un peu de prog et d’électro.
Étonnamment, dans la musique québécoise actuelle, j’entends parfois aux claviers des passages qui ressemblent à ce que je faisais alors. Comme quoi, ça n’a pas mal vieilli...
— Ce fut un enregistrement difficile le « Cauchemar » ? Car la formation commençait à connaître des frictions, m’avouait Lucien plus t**d.
* Non, ce ne fut pas difficile, selon mes souvenirs. Pour l’album précédent, vers la fin, oui, mais pas celui-ci.
— Jacques Racine m’a souvent répété que l’album a été structuré à Saint-Michel-des-Saints, au nord de Lanaudière, en la salle aujourd’hui nommée JM Bellerose, sur la rue Saint-Jacques [au 140]. Jacques habitait dans la maison familiale tout près. Encore une fois, quels souvenirs retiens-tu de cet épisode ?
* Oui, c’est exact. La structure de la plupart des pièces a été élaborée durant ces quelques jours à Saint-Michel, à partir de musiques que Jacques avait composées. Seule « Beau bummage » est née différemment. Elle est le résultat d’une improvisation spontanée lors d’un de nos spectacles, t**d un soir à l’Hôtel Nelson, dans le Vieux-Montréal. Mais les arrangements finaux de toutes les pièces ont été faits directement en studio, durant cette semaine intensive d’enregistrement.
— Lucien a toujours maintenu que la première maquette présentée au groupe pour approbation avait beaucoup de trop de basses. Quand il fut demandé à CBS Records de revoir le tout, une nouvelle maquette est revenue, mais cette fois la basse est, en pratique, inexistante. Hélas, il s’avéra trop t**d pour corriger le tir et la compagnie a pressé l’album comme on l’entend depuis près de 50 ans. Tu retiens la même chose que Lucien à ce sujet ?
* Je n’ai jamais aimé le mix final de cet album, mais je n’avais pas suivi les péripéties avec CBS. Dommage pour la basse, parce que Guy [Racine] avait créé des passages très mélodiques magnifiques qu’on y entend à peine, en se concentrant très fort. C’est vrai dans « Hollywood en plywood », en particulier, ou encore dans « Le P’tit gros ».
— Jacques Racine a souvent déploré cet écart, pour le moins sérieux, de CBS. Comme compositeur des musiques sur l’album, avec toi sur quelques plages, il t’a déjà fait part de remarques ?
* Non, personne n’était satisfait, c’est tout.
— Ton jeu de clavier sur les basses sauve l’album, tu crois ?
* C’est sûr que, parfois, les synths font la seule basse qu’on entend, mais ça ne « sauve » rien. L’album est ce qu’il est, avec les moyens de l’époque. La musique est très originale, sans parler des textes de Lucien. Il aurait mérité mieux en ce qui concerne le mix final.
— Qu’utilisais-tu sur l’album comme claviers et autres trucs, tu te souviens ?
* J’avais alors un piano électrique Wurlitzer, un String Ensemble Solina pour les cordes, une paire de Mini-Moog et un Clavinet Hohner, en plus du piano à queue Yamaha du studio.
— Reviens-moi sur ta réaction en réponse à l’écoute, en 1976, de l’album.
* Fierté, mais avec une certaine déception au niveau du mix.
— Et quand est-il pour le nouveau mix ?
* WOW! Ce n’est pas juste la basse, c’est l’ensemble. Et c’est la première fois que je remarque à quel point, Jacques et moi, nous sommes en opposition. Il me tire d’un bord, je le tire de l’autre, puis on se rejoint dans le milieu. Et la section rythmique soutient tout ça pendant que les paroles de Lucien volent au-dessus de la mêlée.
— Guy Racine va sûrement aimer ce nouveau mix, sans doute le définitif, lui que l’on n’a pas été en mesure d’apprécier le talent de bassiste depuis 50 ans. Parle-moi de son jeu de basse sur cet album.
* Comme je disais plus haut, ses lignes sont très mélodiques. Parfois, ça ressemble un peu à des passages de contrebasse de jazz ou à des arpèges de vieux rock’n’roll, parfois ça se promène comme le faisait McCartney, et ça revient toujours à du bon rock solide. C’est vraiment intéressant.
— Tu savais que chez Sony il marinait un mix pour la « cassette », jamais sortie, il me semble ? Aujourd’hui, après écoute de ce mix, tu crois que c’est plutôt celui d’une 8 pistes ?
* Non.
— Lucien croit que « Le Cauchemar américain » est le véritable album d’Aut’Chose. Parce que c’est le premier et le seul qui ne comporte pas de reprises, mais aussi, que les textes étaient, du moins pour lui, plus Francoeur, proche de ce qu’il vivait à cette époque. Il faut dire que, pour les deux premiers, les textes reposaient souvent sur ses poèmes déjà publiés à l’époque.
* C’est vrai pour Lucien, mais aussi pour tout le groupe. Il s’agissait d’une nouvelle étape. Il ne faut pas oublier qu’après le deuxième album, il y a eu une rupture. Les trois personnes qui ont émergé de cette étape pour aboutir au « Cauchemar américain » étaient Lucien, Jacques et moi. La transition est marquée au niveau des textes, tout comme la musique. Lucien parle de choses qui lui étaient plus actuelles et la musique a évolué pour devenir plus cohérente, plus homogène, d’une pièce à l’autre, même si chacune a sa personnalité propre.
— J’ai toujours maintenu, depuis sa sortie, que « Le Cauchemar américain » était en avance sur son temps. Tout d’abord, Lucien l’était depuis un bon bout puisqu’il slamait, récitait, sa poésie rock sur des albums entiers et sur de la musique rock, tous genres confondus, bien avant n’importe quelles formations anglaise ou étatsunienne. L’album avait déjà une coche de plus en flirtant avec la new wave et le post-punk qui n’étaient pas ce qu’ils sont devenus plus t**d. Bref, tu avais cette impression que vous étiez en avance sur les autres ?
* Oui, bien sûr. Comme je mentionnais plus haut, on avait tout à fait conscience d’être une espèce de bibitte à part de tout le monde. D’ailleurs, c’est vrai aussi pour les deux premiers albums, qui se sont aussi démarqués du reste. Mais en tant que groupe, c’est avec « Le Cauchemar américain » que nous avions atteint ensemble notre maturité, malgré ses lacunes.
— Avec les années, Aut’Chose a récolté son statut de légende du rock, ou mythe. Comment vois-tu tout ça dans le rétroviseur, depuis tant d’années ?
* Ça surprend que tant de jeunes s’y intéressent encore aujourd’hui. Il faut se rappeler que dans ces années Aut’Chose, nous étions vraiment en marge, Lucien par ses textes et sa façon de les chanter sans chanter et la musique par son originalité. Il y avait un public convaincu pour nous, mais nous étions loin des succès de masse comme quelques autres groupes du moment. Il ne faut pas oublier non plus que tout ça s’est passé en moins de trois ans. Après, Aut’Chose, c’était terminé.
— Raconte-moi comment tu as joint le groupe. Reviens sur ton parcours d’hier à aujourd’hui.
* Je suis natif de Saint-Michel aussi, tout comme Jacques. J’en suis parti alors que j’avais à peine sept ans et Jacques, qui avait trois ans de plus que moi, m’a raconté qu’on jouait aux cowboys et aux méchants en gang avec des cousins. Moi, j’avais oublié, mais lui s’est souvenu et il s’est aussi rappelé que j’avais déjà commencé à jouer du piano à cet âge.
En ’74, il m’a vu joué en spectacle avec le groupe Exit Boogie Band, auquel j’appartenais, et, durant la période des Fêtes qui a suivi, nous nous sommes croisés dans un party de famille (il vivait alors avec une de mes cousines). Quelques semaines plus t**d, il m’a donné un coup de fil, car le groupe se cherchait un claviériste et m’a invité à rencontrer Lucien et les autres musiciens. Ça a tout de suite cliqué. Le premier album venait tout juste de sortir, en février 1975. C’était le départ et la suite s’est enchaînée rapidement, le spectacle [21 juin 1975] de la Saint-Jean, sur le Mont-Royal, devant des centaines de milliers de personnes, le spectacle au Jardin des Étoiles, filmé [17 juin 1975 - 20h30] par Québec Spec, etc. [Spectacle inséré en DVD dans le coffret « Chaud comme un juke-box - 14 novembre 2014]
J’ai fait les deux albums suivants, vécu les changements de structure du groupe et les nombreux spectacles, jusqu’à la rupture qui a entraîné la fin du groupe.
J’ai ensuite poursuivi seul avec Lucien et aussi Yolande, sa conjointe de cette époque. J’ai rassemblé trois nouveaux musiciens que je connaissais pour monter et enregistrer un nouvel album, « Épreuve machine ». Le nom Aut’Chose disparaissait et c’était le premier album sorti sous le nom de Francoeur. S’en est suivie une série de spectacles à Paris, fin ’78.
Et les dernières étapes, l’album « Le Retour de Johnny Frisson » [1980] avec Lucien et Alan Lord, ainsi que d’autres musiciens; des spectacles dont celui de la deuxième Nuit de la Poésie [28 mars], et la première partie des Ramones, à l’Auditorium Le Plateau [23 mai 1980], parmi les plus importants.
Puis, Lucien et moi, nous nous sommes séparés. Je n’avais plus le goût de continuer et lui partait dans une autre direction. J’ai laissé la musique de côté et ce n’est qu’en 2019 que j’ai revu Lucien et Jacques, avec les membres de la nouvelle mouture du groupe, lors d’un spectacle à Montréal. Lucien et moi avons gardé un contact intermittent dans les quelques années qui ont suivi, de même qu’avec Jacques, que j’ai revu quelques mois avant son décès, alors qu’il se savait déjà très malade, mais fier de ce qu’il avait accompli tout au long de sa carrière musicale.
________________________________
*** Merci, Jean-François, d’avoir pris le temps de me revenir, en un temps record, avec les réponses à ces questions d’un admirateur. ***
© Ronald McGregor et Jean-François St-Georges.
Février 2026
** Tout extrait de ce texte ne peut être republié sans la citation : © Ronald McGregor et Jean-François St-Georges. **
« la guerre dans les pores de la peau. »
Sur la première photo : Jacques Racine et Jean-François.
04/16/2026
A l`achat du vinyle d'Aut'Chose poster du groupe en cadeau quantité limité.
04/15/2026
Le regretté Jacques Racine et Jean-François St-Georges (je me trompe en disant qu'ils posent sur le balcon-terrasse de l'ex-hôtel de St-Michel-des-Saints ?). Bref, deux amis d'enfance et deux musiciens importants sur le Cauchemar américain (avec Guy Racine, Jean-Paul Harnois et Lulu). Surveillez le nouvel entretien que j'ai eu avec Jean-François, soit demain ou vendredi. Tellement de bons trucs dévoilés et à retenir. Entretemps, la photo est © Katy Gendron.
04/14/2026
Reçu quelques exemplaires du Cauchemar plus tôt aujourd'hui. Il est essentiellement identique à l'original, sauf l'étiquette du disque, la pochette intérieure (plus solide) et, évidemment, le son de la basse de Guy Racine. On parle ici d'un son plus lourd, plus rond. C'est ça la cerise sur le gâteau de ce pressage unique et limité.
Puis, le disque comme tel, c'est plutôt un mix de rouge, blanc et bleu. Quelques exemplaires seraient noirs aussi.
Ce nouvel album (!) sort le 18 avril dans le cadre du Record day Store et après, un peu partout.
Beau job, Sony!
Merci.
- Ron
Cliquez ici pour réclamer votre Listage Commercial.
Type
Contacter la personnalité publique
Téléphone
Site Web
Adresse
Montreal, QC