Mory KABA

Mory KABA

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16/02/2026

L’INGRAT FAIT EXPRÈS : ME DIT UNE SAGESSE

Une leçon que je n’ai jamais oubliée, et qui caractérise mon esprit face à un bien fait. Ne serait-ce que la dimension d’un atome.

En 1994, j’étais en vacances à Conakry lorsque ma mère, après un long séjour au Gabon, revint à Kankan. Durant son passage, la maison ne désemplissait pas. Les visiteurs entraient et sortaient sans cesse.

Un soir, elle constata que l’argent (Dombolo) qu’on lui avait confié pour être remis à des proches à Kankan avait disparu. Une importante somme en devises.

L’affaire fit grand bruit : radio rurale, mosquées, bouche à oreille… Toute la ville en parlait.
Après les vacances, lorsque je suis rentré à Kankan, des proches m’ont dit : « La personne est connue. Ta mère sait qui a pris l’argent. Mais elle est trop complaisante. Elle a vendu même sa maison inachevée pour rembourser les ayants droit ».

Je suis allé la voir, pour lui dire combien cette décision n’est pas juste. Elle m’a répondu avec un calme qui m’a marqué à vie : « Mon fils, Dieu est plus grand que tout cela. Votre avenir vaut plus que cet argent. Si c’est parce que je dois les préserver pour vous ».

Puis elle m’a rappelé le passé. Quand j’étais enfant, nous avions rejoint mon père au Gabon. Là-bas, elle ne connaissait rien de la ville et ses activités. Une femme aisée l’avait prise sous son aile, lui avait introduite dans les activités commerciales. Grâce à elle, ma mère commençait à gagner de l’argent. Celui qui lui permit plus t**d d’acheter des terrains et de bâtir à Kankan.

Des années après, cette même femme était rentrée en Guinée. Mais le temps et les difficultés sociales avaient tout épuisé. Elle s’était retrouvée presque sans rien.

Le jour du vol, la tentation l’avait vaincue. Ma mère disait pourtant : « Ce n’était pas une voleuse. Ce sont les conditions qui l’ont rendue vulnérable face à l’argent qu’elle a aperçu dans la valise ».

Quand la rumeur enfla, la honte la submergea. Elle jeta le reste de l’argent à la grande mosquée et, dès lors, ne sortit presque plus le jour. Elle vécut recluse jusqu’à sa mort, survenue une dizaine ou quinzaine d’années plus t**d.

Beaucoup voulaient qu’on la traduise en justice. Ma mère refusa. Elle préféra vendre sa bâtisse inachevée pour rembourser. Elle me dit : « Quand quelqu’un t’a fait du bien sans y être obligé, tu lui restes redevable toute ta vie. Tout ce que tu fais pour la personne, est désormais motivé par son bien fait, si toutefois tu es reconnaissant. Si je l’humilie, alors son bienfait n’aura plus de sens. Et Dieu n’aime pas les ingrats ».

Ce jour-là, j’ai compris que la reconnaissance est une force plus grande que la colère. Depuis, je garde ce principe comme une loi intérieure : si quelqu’un me fait du bien, même petit, sans y être obligé, je me tiens debout pour lui toute ma vie. Parce que la vraie grandeur ne consiste pas à punir, mais à se souvenir.

Jusqu’à ce que ma mère ne commence les pertes de mémoires dues à la maladie maladie d’Alzheimer, elle faisait des sacrifices pour le repos de l’âme de son amie, afin que Dieu l’accueille dans son paradis. C’était incroyable, mais c’était vrai.

Soyons reconnaissant envers nos bienfaiteurs. Comme Dieu le dit : « ne seront reconnaissants envers moi, que ceux qui l’ont été envers leurs semblables ».

Excellente semaine à tous et à chacun où que vous soyez.

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