Entre Nous Cultures
16/06/2026
Chroniques des rues de La Rochelle... 🤓(Bruno Baverel)
Dans le quartier Saint-Éloi, vingt-sept rues, squares ou impasse, (mais j'en oublie peut-être), portent des noms de fleurs, de plantes ou d’arbres, dont je vous dresse ici un inventaire empreint de symbolisme et de superstitions. Une belle balade dans le grand jardin de Saint-Éloi dont la légende raconte qu’il construisit deux trônes au Roi avec l’or d’un seul, et devint ainsi, à sa mort, le saint-patron des métiers du métal.
Mais cela est une autre histoire... 😉🌾🌹
- Rue des Roses, fleur symbolique remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, dont les Romains croyaient dur comme fer qu’elle protégeait les morts des mauvais esprits et l’utilisaient pour décorer leurs tombeaux. On dit qu’il porte malheur d’éparpiller les feuillages d’une rose au sol, mais également qu’une jeune fille peut deviner qui sera l’homme de sa vie grâce à elle. On dit également qu’elle serait la fleur porte-bonheur des gens nés en juin...
- Rue des Anémones, pour cette fleur solitaire dont la couleur vive attire le regard. Symbolisant l’éphémère, cette fleur est dite naître du vent et être emportée par lui, évoquant un amour soumis aux fluctuations des passions et aux caprices des vents...
- Square des Marguerites, cette fleur dont nous sommes nombreux à avoir un jour effeuillé ses pétales en prononçant les mots « il m’aime un peu, beaucoup, tendrement, passionnément, à la folie, pas du tout... » Certains jardiniers la considèrent comme nuisible quand elle apparaît sur les pelouses, pourtant c’est un présage de beau temps lorsqu’elle ouvre ses pétales. En tout cas, elle porte chance aux personnes nées en avril...
- Square des Lys, qu’on trouve également écrit lis, qui serait le roi des fleurs, à l'instar de la rose qui en est la reine. Arborant des couleurs vives, blanches, jaunes ou rouges, avec parfois des motifs colorés, il est synonyme de blancheur, de pureté, d’innocence mais également d’héritage, de génération, choisi par les rois de France comme symbole pour le drapeau. La Révolution de 1789 bannira cet emblème de la tradition monarchique, le drapeau à fleur de lys de la royauté fut remplacé par le drapeau tricolore de la République. De nombreuses personnes à travers le monde pensent que casser ou abîmer cette plante porterait malheur, le lys serait la fleur porte-bonheur des gens nés en juillet...
- Rue des Œillets, porte-bonheur avec le perce-neige, des personnes nées en janvier, certains médicastres affirmaient que ces charmantes petites fleurs ne devaient pas être traitées avec délicatesse si l’on voulait éviter de devenir un grand buveur. En effet, les cueillir ou même les regarder vous condamnerait à passer votre vie la bouteille à la main ! L’œillet d’Inde, utilisé autrefois pour les couronnes de mariage et comme sortilège d’amour, on disait dans les campagnes que le frotter sur une piqure de guêpe ou d’abeille, faisait disparaître la douleur instantanément...
- Rue des Primevères, dont les paysans Gallois supposaient que si elles fleurissaient en juin, elles apportaient la mauvaise fortune ! En effet, pour eux, offrir une ou deux de ces fleurs, c’était non seulement offrir le malheur à la personne qui les recevait, mais également attirer le mauvais sort sur les volailles ! Chez nous, en France, de nombreux guérisseurs les utilisaient autrefois pour traiter les insomnies et affirmaient que la primevère portait bonheur aux gens nés en février...
- Square des Sauges, considérées comme des plantes bénéfiques, capable d’apporter la sagesse et de fortifier la mémoire. On disait jadis dans les campagnes que si elle poussait à profusion dans un jardin, c’était qu’une femme autoritaire vivait dans la maison ! Ce qui expliquait, peut-être, pourquoi tant de jardiniers retreignaient toujours sa pousse à un petit carré de potager ! En tout cas, on dit qu’en manger en mai apporte longévité et est présage de bonne santé...
- Rue des Violettes, dont certains paysans anglais soutenaient qu’une fleur aussi jolie était de mauvais augure, sauf si on l’acceptait en bouquet, et d’ailleurs, une seule violette chez eux, pouvait causer la mort ou la maladie de leurs jeunes poulets et canards. Si elles fleurissent en automne certains esprits candides affirment qu’elles annoncent une mort, mais parions que les Toulousains ne seront pas de cet avis et rappelons que la violette est le symbole de la modestie...
- Rue des Mimosas, souvent confondu avec l’acacia des symboles maçonniques, l’écrivain Jules Boucher consignait que la symbolique des fleurs, fait du mimosa l’emblème de la sécurité, c’est-à-dire, dans un sens plus large, de la certitude. Ce soleil, cette lumière, annoncés par le mimosa aux fleurs jaune d’or, en ferait un symbole de magnificence et de puissance. Personnellement, j’ai souvenir enfant d’en avoir fait goûter à ma petite sœur, qui n’avait pas du tout, mais alors pas du tout, aimé...
- Rue des Glaïeuls, fleur d’ornement de la famille des Iridacées, dont on pense qu’elle incline à l’amour les jeunes personnes. Sinon, s’inscrivant en faux contre le reste de la France, certains Tourangeaux affirment que le glaïeul est maléfique. N’empêche, il est de source sûre, la fleur porte-bonheur des gens nés en août, symbole de la réussite et des rendez-vous...
- Rue des Iris, pour cette fleur du printemps, dont les Japonais lui confèrent un rôle purificateur et protecteur, prenant traditionnellement tous les 5 mai, un bain d’iris pour s’assurer toutes ses faveurs pendant l’année. Dans la mythologie grecque, l’iris est messagère des dieux, en particulier de Zeus et d’Héra, ce qui n’est quand-même pas rien !
- Square des Pivoines, plante herbacée à grosses fleurs, symbole de la sincérité, elle est en Chine un symbole de richesse et d’honneur. Elle fut jadis une plante médicinale qui fit naître beaucoup de superstitions et dont on fit abusivement une fleur symbole de la honte ; en effet, ne dit-on pas « rougir comme une pivoine » ...
- Rue des Myosotis, pour cette plante herbacée à petites fleurs bleues la plupart du temps, qui inspira cette légende : un chevalier et sa dame se promenaient le long d'une rivière, mais lorsque le chevalier voulut se pencher pour cueillir une fleur, son armure étant trop lourde, le chevalier tomba à l'eau. Sachant sa fin inéluctable, avant de disparaître sous les eaux, le chevalier lança galamment la fleur vers sa dame en la priant « Ne m'oubliez pas ! » Peut-être est-ce pour cela qu’on nomme le myosotis « herbe d’amour » ...
- Rue des Géraniums, genre de plantes herbacées sauvages, dont les feuilles de plusieurs espèces sont comestibles, crues ou cuites. Il en existe de nombreuses espèces à travers le monde, dont certaines, telles que le géranium Herbe à Robert, sont utilisées en usage médicinal par certains herboristes, avec des vertus hémostatiques, cicatrisantes, ou pour les problèmes cardiaques. L’histoire ne précise pas si le dénommé Robert fumait son herbe...
- Rue des Dahlias, fleur porte-bonheur des personnes nées en octobre. Originaire des régions chaudes d’Amérique centrale, le dahlia fut introduit en France en 1802 par un certain docteur et botaniste Thibaud qui en avait découvert des vertus diurétiques ou antiépileptiques. Classé parmi les plantes provoquant des allergies respiratoires, il n’en demeure pas moins être le symbole de la reconnaissance...
- Rue des Tulipes, dont on attribue son introduction en Occident à Charles de l’Écluse, médecin et botaniste, créateur d’un des premiers jardins botaniques d’Europe aux Pays-Bas. On évitera de consommer les bulbes de tulipes qui ont mauvais goût et sont toxiques ; ils furent d’ailleurs source d'empoisonnements accidentels lors de la Seconde Guerre mondiale où on en mangeait faute d'autres nourritures. Une tulipe est représentée, de manière symbolique, sur le drapeau de l’Iran, cette fleur a beaucoup inspiré les peintres hollandais, et symbolise l’orgueil. Les plus anciens d’entre-nous se souviennent du roman d’Alexandre Dumas, « La Tulipe noire » et du film qui en fut tiré avec un certain Alain Delon...
- Rue du Muguet, pour le Muguet de mai ou Muguet commun, fleur printanière petite et blanche, formant des grappes de clochettes très odorantes mais pouvant se révéler toxiques lorsqu’on les confond avec l’Ail des ours. On la désigne également selon les endroits, amourette, clochette des bois, échelle de Jacob, larmes de Sainte-Marie ou lys de la vallée ou de mai, ce 1er mai dont le brin de muguet est le symbole porte-bonheur, symbolisant également la fougue de la jeunesse, la coquetterie et le retour du bonheur. Le muguet est source de nombreuses légendes.
- Rue des Rhododendrons, appelés « Rosages » jusqu’au 18ème siècle, en effet le « Rosage de la mer Noire » fut introduit en France en 1702 par le botaniste Joseph Pitton de Tournefort après son grand voyage au Levant. C’est au naturaliste suédois Carl von Linné qu’on devra sa dénomination de Rhododendron, genre botanique dont feront partie les azalées. Le rhododendron est la fleur nationale du Népal et apparaît sur le blason de la Virginie Occidentale aux États-Unis. Dans le langage des fleurs, il symbolise l’élégance, et l’azalée la joie d’aimer...
- Rue des Altéas, également appelés « mauve ou guimauve en arbre », hibiscus, pour ces arbustes arrivés en Europe au 16ème siècle originaires d’Asie, de Chine et de Corée notamment. Fleur nationale de la Corée du Sud, plante de tous les passionnés du jardin, l’altéa ou althéa se sème aisément et donne de belles fleurs en coroles, embellissant ou fleurissant les haies de jardins. Elle est la fleur symbolique des îles tropicales...
- Rue des Camélias, fleurs symbolisant la longévité, la fidélité et le bonheur. Symbole de l'Alabama, le camélia est originaire d’Asie, notamment depuis la chaîne himalayenne jusqu’au japon et l’Indonésie, le Viêtnam et la Corée. Arrivé en France vers 1798 à l’instigation de Joséphine de Beauharnais pour son domaine de la Malmaison, le camélia connaitra un engouement très fort durant la première moitié du 19ème siècle, comme en témoigne le roman « La Dame aux camélias », d’Alexandre Dumas fils...
- Rue des Églantiers, dans le langage des fleurs, l’églantine symbolisant l’amour et la poésie. En effet, cet arbrisseau épineux, espèce de rosier botanique, donne des fleurs simples appelées églantines. L’églantier a plusieurs dénominations telles « Rosier ou Églantier des chiens » ou « Gratte-cul », évoquant les poils de l'intérieur des fruits qui peuvent provoquer des démangeaisons mais très appréciés des chevreuils dans nos forêts. L’églantine, utilisée en parfumerie pour ses notes délicates est également appréciée en médecine traditionnelle tunisienne, on en fait parfois des confitures.
- Square des Crocus, en majorité originaires des montagnes de la région méditerranéenne, viendrait de l’arabe « Kurkum » qui a donné « Curcuma », le safran des Indes. Leurs fleurs ressemblent à celles des colchiques et leurs pires ennemis sont les mulots et les campagnols qui en sont très friands. Dans le langage des fleurs, le crocus symbolise l’inquiétude et est également souvent cité dans les mythologies grecques ou romaines, ainsi, un jeune homme amoureux d’une nymphe qui ne répondait pas à son amour, fut donc changé en crocus par les dieux pour apaiser sa peine...
- Square des Genêts, dans le langage des fleurs, le genêt symbolisant la préférence ou la propriété. Ces arbustes ou arbrisseaux appartenant à la famille des Papilionacées, forment des fruits appelés gousses, qui se dessèchent à maturité et libèrent des graines. Certaines chenilles en sont friandes, mais il était également utilisé autrefois en pâturage l’hiver pour nourrir les troupeaux. Une légende médiévale raconte qu'en 1128, Geoffroy le Bel, comte d'Anjou et du Maine, aperçut une licorne à tête de femme et vêtue d'un manteau d'or au milieu d'un champ de genêts. Bouleversé par cette apparition, il choisit de faire de cette plante son emblème et d'en planter sur ses terres, d'où l'origine du surnom « Plantagenêt », dynastie princière et royale particulièrement importante au Moyen Âge...
- Rue des Pervenches, symbole des doux souvenirs, de la mélancolie ou de l’amitié durable, cette plante herbacée aux fleurs d’une couleur bleue bien particulière, d’ailleurs, son nom de pervenche a été donné à la couleur bleu mauve légèrement grisâtre qui rappelle celle de ses fleurs. Très appréciées des papillons de nuit qui s’en délectent, la pervenche aurait des vertus médicinales permettant de vaincre de nombreux maux et résiste aisément au froid de l’hiver. L'épisode de « La pervenche » décrit par Jean-Jacques Rousseau est significatif du bonheur, à travers le souvenir, que peut procurer la vue d'une simple fleur bleue...
- Square des Liserons, symboles de l’humilité ou de l’amour idolâtre, plantes considérées souvent comme envahissantes, leurs tiges grimpantes qui s'accrochent aux autres plantes et s'entortillent autour d'elles, les tirent vers le sol et peuvent les priver ainsi de soleil. Ce liseron arrive dans le jardin par la voie aérienne, grâce à ses graines fertiles, apportées par le vent et les oiseaux, et le conquiert par la voie souterraine, comme le bambou, par des rhizomes qui peuvent envahir un jardin. Nommé entre autres par certains « Belle de jour », « chemise de notre dame », « robe de vierge », « chemise de bon dieu », « clochette de la vierge » ou « clochette des blés », jadis, ses graines bourrées dans un oreiller avaient la réputation de chasser les cauchemars...
- Square des Coquelicots, symbole de la beauté, la consolation et emblème de l’ardeur fragile, cette espèce de pavot des champs envahissant, qu’on trouve un peu partout sur les bords des chemins, au milieu des champs ou des jardins, arbore cette belle couleur rouge associée au souvenir des combattants, et tout spécialement symbole du sang des soldats tombés dans les tranchées lors de la guerre de 1914-1918. Le coquelicot est le symbole de Morphée, le dieu des rêves et du sommeil dans la mythologie gréco-latine, il est également l’emblème végétal de la Flandre belge, de la Pologne et de la ville de Guelma en Algérie. Les coquelicots figurent dans les œuvres de plusieurs peintres modernes tels Gustave Courbet, Claude Monnet et Vincent van Gogh...
- Impasse des Cyprès, symbole de la mort, du deuil et de la tristesse, d’ailleurs l’impasse en question termine son chemin sur l’une des entrées du cimetière Saint-Éloi, ce conifère à feuillage persistant est un arbre ou arbuste buissonnant pouvant atteindre une hauteur de cinq à quarante mètres ! l’écrivain et homme politique chilien Pablo Néruda écrivit à son sujet : « Les cyprès des Guaïtecas me barrent le chemin… C'est un monde vertical : une nation d'oiseaux, une foule de feuilles. » Le bois de cyprès est utilisé pour la facture de clavecins de tradition italienne mais également est d’une grande utilité en aromathérapie et phytothérapie. Van Gogh le peignit dans l’un tableaux...
Pour finir, mentionnons un vieux dicton anglais voulant que si vous sentez le parfum de fleurs là où il n’y en a point, c’est un présage de mort... Bonne journée quand-même !😅 💐🌷🌹🪻🌺🌸
Christian Bujeau est décédé (1944/2026). Originaire de Charron en Charente-Maritime, il s’est notamment fait remarquer pour ses rôles comme le dentiste dans les visiteurs.
Il avait 81 ans.
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