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06/06/2026

: le cri de détresse des militaires burundais

| 06 juin 2026

Huit mois sans solde. Des vivres qui disparaissent. De l’eau rationnée. Des malades obligés de payer eux-mêmes leur transport vers le Burundi. Des soldats burundais du 27ᵉ bataillon TAFOC, déployés dans les environs de Kalemie, en RDC, disent vivre dans l’abandon. Dans un témoignage circonstancié, l’un d’eux met en cause la hiérarchie militaire et interpelle directement le président Évariste Ndayishimiye, le général Prime Niyongabo et la ministre de la Défense, Marie-Chantal Nijimbere.

Le ton est amer. La colère contenue. Les mots, eux, sont précis. Depuis les environs de Kalemie, en République démocratique du Congo, un militaire burundais dit parler au nom de ses compagnons d’armes. Tous appartiennent au 27ᵉ bataillon TAFOC, placé sous le commandement du lieutenant-colonel Joseph Minani.

🔴Leur grief principal : huit mois sans solde.

« Nous sommes des militaires burundais qui avons l’impression d’avoir été oubliés par notre pays », confie ce soldat. Selon lui, le bataillon est arrivé à Kalemie le 14 octobre 2025. « Il ne reste que quelques jours pour totaliser huit mois ici. Depuis notre arrivée jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais touché ne fût-ce qu’un seul mois de solde. »

Pour ces hommes envoyés en mission loin du Burundi, cette situation est devenue incompréhensible. « On dirait que nous sommes des travailleurs au service d’un particulier qui les emploie sans avoir de quoi les payer », déplore le militaire.

Il dit ignorer où se situe exactement la responsabilité. Mais il refuse de croire que personne, au sommet de l’État et de l’armée, ne soit au courant.

« Nous ne savons pas si la faute revient au chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, au chef d’état-major général de l’armée, le général Prime Niyongabo, ou à la ministre de la Défense nationale, Marie-Chantal Nijimbere. Ce que nous savons, c’est que l’un d’eux porte une responsabilité. »

Le soldat demande que ces trois autorités soient interpellées. Non pas sur des considérations abstraites. Mais sur la vie quotidienne des hommes déployés et celle de leurs familles restées au pays.

« Qu’ils nous disent comment ils pensent que nos familles vivent. Qu’ils nous disent aussi comment ils pensent que nous survivons ici. Peut-on vraiment passer huit mois sans solde alors qu’on est censé être en mission ? »

🔴« Ceux qui devraient parler pour nous sont ceux qui nous dépouillent »

Le non-paiement des soldes n’est pas le seul motif de révolte. Le militaire évoque aussi une gestion opaque des moyens destinés aux soldats : viande, eau, légumes, bois de chauffage. Dans son récit, les mêmes mots reviennent : disparition, détournement, abandon.

« Ce qui est encore plus triste, c’est que ceux qui devraient parler pour nous, c’est-à-dire nos chefs au sein du bataillon, semblent ne pas s’en soucier. Au contraire, ils ont trouvé le moyen de se payer eux-mêmes dans ce qui était destiné aux soldats. »

D’abord, la viande. D’après le militaire, les soldats devraient normalement recevoir de la viande de bœuf une fois par semaine. La réalité sur le terrain serait toute autre.

« Il arrive qu’un mois entier passe sans que nous voyions cette viande. Parfois, on abat une seule fois dans le mois. Où va l’argent prévu pour cela ? Dans les poches de certains de ceux qui devraient nous défendre. »

Ensuite, l’eau. À leur arrivée, chaque soldat devait recevoir trois litres d’eau par jour. Cette ration aurait été réduite de moitié depuis plusieurs mois.

« Au début, il était prévu trois litres d’eau par jour et par militaire. Depuis six mois, nous ne recevons plus qu’un litre et demi par jour. La question reste la même : où va l’argent correspondant au reste de l’eau ? »

Les légumes aussi seraient concernés. Le militaire parle d’une allocation prévue pour chaque soldat, mais qui ne se traduirait presque jamais en approvisionnement réel.

« Chaque soldat a droit à une allocation pour les légumes. Mais il arrive que pendant deux semaines, nous voyions seulement le S4 apporter de petites quantités, juste pour faire semblant. Ce sont des provisions pour deux jours à peine. Où va l’argent des légumes prévus chaque jour ? »

Dans cette logistique contestée, le S4 revient régulièrement dans le témoignage. Chargé de l’approvisionnement, il est aussi cité à propos du bois de chauffage.

🔴Du bois pour les inspections ?

Selon le militaire, chaque soldat déployé à Kalemie aurait droit à du bois de chauffage d’une valeur de 500 francs congolais par jour. Mais, sur le terrain, les soldats iraient chercher eux-mêmes le bois qu’ils utilisent.

« Le bois acheté par le S4 reste au poste de commandement. On dirait qu’il est gardé pour les inspections, afin que tout chef qui viendrait visiter le bataillon voie qu’on nous achète du bois. En réalité, nous utilisons le bois que nous allons chercher nous-mêmes. »

Plus grave encore, selon lui, les soldats ne peuvent pas librement utiliser le bois pourtant acheté pour eux.

« Si on vous surprend en train d’utiliser le bois acheté avec cet argent, vous entendez des reproches. Alors, où est passé l’argent du bois prévu pour nous depuis notre arrivée ici ? »

Pour ces hommes, les détournements présumés ne seraient donc pas des faits isolés. Ils formeraient un système. Une chaîne où ce qui est prévu pour le soldat n’arrive pas jusqu’à lui.

« Ceux qui devraient parler pour nous sont ceux qui nous dépouillent », résume le militaire.

🔴Malades, mais abandonnés

Le passage le plus douloureux du témoignage concerne les soldats malades. Le militaire affirme que lorsqu’un homme doit rentrer au Burundi pour se faire soigner, il doit payer lui-même son billet aller-retour.

« Ce qui nous fait le plus mal, c’est quand l’un de nous tombe malade et doit aller se faire soigner au Burundi. Dans ce cas, le soldat malade est obligé de payer lui-même son billet pour partir et revenir. » Même situation, dit-il, pour ceux qui partent en congé.

« Même ceux qui partent en congé paient eux-mêmes leur transport, à l’aller comme au retour. Nous demandons si l’armée n’a rien prévu pour qu’un militaire envoyé au Congo puisse aller se faire soigner lorsqu’il tombe malade, ou rentrer lorsqu’il part en congé. »

La question est simple. Elle est aussi lourde : un soldat envoyé en mission extérieure est-il censé se débrouiller seul lorsqu’il tombe malade ? Qui prend en charge son transport ? Qui répond pour lui ? Qui répond à sa famille ?

Dans les rangs du bataillon, cette situation nourrit un sentiment d’humiliation. Le militaire insiste : ces hommes ne sont pas seuls au monde. Ils ont des familles, des loyers, des enfants, des charges.

« Ceux qui nous dirigent doivent se rappeler que nous avons des familles. Certains d’entre nous louent des maisons, doivent nourrir leurs proches, et tout cela demande de l’argent. Qu’ils se mettent un instant à notre place. »

🔴« Qu’ils mangent ce qui était prévu pour nous, mais qu’ils paient nos soldes »

Le témoignage est traversé par une forme de résignation. Le soldat semble ne plus croire que les vivres, l’eau ou le bois détournés puissent être récupérés. Sa revendication centrale reste le paiement des soldes.

« Ce que nous demandons est simple. S’ils veulent manger ce qui était prévu pour nous, qu’ils le fassent, car nous voyons que nous ne pouvons rien faire. Celui qui devrait parler pour nous est celui qui nous dépouille. Mais, de grâce, que Ndayishimiye, Niyongabo et Nijimbere regardent notre situation et celle de nos familles. »

Une phrase dit tout du malaise : « Nous sommes comme abandonnés. »

Ce sentiment d’abandon, dans une unité militaire déployée à l’étranger, n’est pas anodin. Il interroge la discipline, le moral des troupes, la chaîne de commandement. Comment demander à un soldat d’obéir sans faille à des supérieurs qu’il accuse de l’avoir laissé sans solde pendant huit mois ? Comment maintenir la cohésion lorsque la troupe estime que les moyens destinés à sa survie sont détournés ?

Le militaire pose lui-même la question, avec gravité : « Un soldat qui n’a plus confiance en ceux qui le commandent peut-il encore recevoir leurs ordres avec la même loyauté ? »

🔴Qui savait ? Qui a laissé faire ?

Ces révélations appellent des réponses. Sur le papier, les questions sont nombreuses.

Pourquoi les militaires du 27ᵉ bataillon TAFOC affirment-ils n’avoir perçu aucune solde depuis leur arrivée à Kalemie, le 14 octobre 2025 ? Où sont passés les fonds destinés à leur prise en charge ? Qui contrôle la distribution de la viande, de l’eau, des légumes et du bois de chauffage ? Quel est le rôle exact du commandement du bataillon ? Le lieutenant-colonel Joseph Minani a-t-il transmis ces doléances à sa hiérarchie ? Le général Prime Niyongabo et la ministre Marie-Chantal Nijimbere ont-ils été informés ?

Et surtout : que répond l’État burundais à ces soldats ?

Pour l’heure, dans le témoignage reçu, les militaires disent ne plus savoir vers qui se tourner. La chaîne censée les protéger serait devenue, selon eux, la première source de leurs souffrances.

« Les moyens existent normalement. Mais ils disparaissent avant d’arriver jusqu’à nous », laisse entendre le militaire.

🔴Une mission extérieure, mais à quel prix ?

Mais après huit mois sans solde, notre espérance semble s’éroder.

« Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons seulement ce qui nous revient », insiste le soldat.

Son dernier appel vise directement les responsables de la défense burundaise.

« Général Prime Niyongabo, ministre Marie-Chantal Nijimbere, êtes-vous au courant de cette situation ? Et si vous le savez, comment pouvez-vous dormir ? »

À Kalemie, le cri est désormais lancé. Il reste à savoir s’il sera entendu à Gitega. Car derrière les chiffres, les rations et les accusations, il y a des hommes en uniforme qui disent avoir été abandonnés par ceux-là mêmes qui leur demandent de servir.

| La Rédaction

06/06/2026

–France : À peine accréditée, Spès-Caritas Njebarikanuye rappelée d’urgence à Gitega

| 06 juin 2026

GITEGA, 3 juin 2026 — Son installation à Paris venait à peine d’être actée. L’ambassadrice du Burundi en France, Mme Spès-Caritas Njebarikanuye, est appelée à regagner « le plus rapidement possible » pour une communication urgente la concernant. Le ministère burundais des Affaires étrangères ne donne, à ce stade, aucune précision sur les raisons de ce rappel.

L’instruction est contenue dans une correspondance officielle datée du 3 juin 2026. Elle est signée par le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la Coopération au développement, l’ambassadeur Édouard Bizimana.

Adressé à « Madame l’Ambassadeur du Burundi à Paris », le courrier ne dit rien sur la nature de cette communication urgente. Référencé sous le N°204.07.02/451/MAEIRCD/2026, il se limite à demander à la cheffe de mission de rejoindre Gitega dans les meilleurs délais.

Ce rappel, aussi soudain qu’inattendu, intervient alors que Mme Njebarikanuye venait de franchir, coup sur coup, les principales étapes de son installation diplomatique. Le 19 février 2026, le Sénat avait approuvé sa nomination au poste d’ambassadeur, sur proposition du président de la République. Le 17 mars, elle remettait les copies figurées de ses lettres de créance aux autorités françaises compétentes.

Le 25 mars 2026, nouvelle étape : la diplomate présentait officiellement ses lettres de créance au président de la République française. Elle devenait ainsi ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Burundi auprès de la France. Cette accréditation a été actée au Journal officiel français du 27 mars 2026.

Dernier épisode en date : le 2 juin 2026. Mme Njebarikanuye présentait ses lettres de créance à Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Elle était alors accréditée comme représentante personnelle du président de la République du Burundi auprès du Conseil permanent de la Francophonie.

Vingt-quatre heures plus t**d, Gitega la rappelle.
Pour l’heure, silence officiel. Ni le ministère burundais des Affaires étrangères ni l’ambassade du Burundi à Paris n’ont encore communiqué publiquement sur les raisons de cette convocation. Simple consultation administrative ? Réajustement diplomatique ? Dossier plus sensible ? À ce stade, aucune explication officielle ne permet de trancher.

Reste un calendrier qui intrigue. En moins de quatre mois, la diplomate a été approuvée par le Sénat, accréditée auprès de la France, puis reconnue auprès de la Francophonie. Son rappel intervient au lendemain même de cette dernière étape.

| La Rédaction

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